L’adaptation d'un film ne se résume pas à une simple traduction mot à mot. Lorsqu’il s’agit d’expressions idiomatiques, d’argot, de blagues ou de références culturelles, il peut même être judicieux de s’éloigner du sens original afin de transmettre plus efficacement l’esprit du dialogue.

Noms humoristiques et calembours, de l’anglais vers le français : Mon beau-père et moi et Desperado 2

Dans Mon beau-père et moi et ses suites, de nombreuses blagues tournent autour du nom du personnage joué par Ben Stiller : Gay Focker. Même si un public français peut comprendre la connotation vulgaire du nom, il n’y réagira pas forcément de la même manière que dans sa propre langue. Dans la version française du film, le personnage a donc été renommé Greg Furniker. L’équivalent évident de « Focker » aurait été « Nikeur », mais les acteurs prononcent à l'écran un nom qui commence visiblement par un F.

Autre exemple d’adaptation : dans le film de Robert Rodriguez Desperado 2 - Il était une fois au Mexique, Johnny Depp demande à Danny Trejo : « Are you a Mexican or a Mexican't? », un jeu de mots impossible à traduire littéralement en français, car cela donnerait quelque chose d'incompréhensible comme « Es-tu un Mexipeut ou un Mexipeut pas ? ». L’adaptation française a trouvé la parade : « Es-tu un Mexicain ou un Maxicon ? », ce qui conserve le jeu sur les sonorités.

Expressions et références : exemples piochés chez BZZ Video

Les deux exemples suivants proviennent de films que nous avons adapté de l’anglais vers le français. Dans les deux cas, nous avons estimé que toutes les propositions faites par l’IA étaient insatisfaisantes, et nous avons modifié la phrase complètement afin de préserver l’idée et le ton.

Dans un drame judiciaire, un personnage demande s’il va avoir droit à un procès équitable. On lui répond : « Fair is a place where they judge pigs. »

Le double sens ne fonctionne qu’en anglais, puisque fair et pigs peuvent tous deux être compris de différentes façons (fair signifie équitable ou "foire agricole", pigs désigne des cochons ou de mauvaises personnes). La meilleure version proposée par l’IA était : « Les foires jugent les cochons. Les tribunaux aussi. » Après réflexion, nous avons finalement choisi comme sous-titre : « Les avocats sont vite pourris », une phrase qui diffère totalement de l’originale tout en conservant l’idée de corruption dans le système judiciaire grâce à un jeu de mots.

Dans un film d’action de science-fiction, la phrase suivante est criée juste avant un combat contre des androïdes : « What do you say we go Hercules on these I, Robot wannabes, huh? »

La référence à Hercule était importante, mais une traduction littérale aurait sonné artificielle et aurait été beaucoup plus longue que l’originale. L’IA a proposé plusieurs variations, la meilleure étant : « Ça te dit qu’on passe en mode Hercule sur ces copies de I, Robot ? »

Toutefois, la réplique ne sonnait pas très juste et ne retranscrivait pas l'énergie de l’originale. Nous avons donc opté pour une version plus ludique : « Et si on bottait l’Hercule de ces Terminators de pacotille ? » Ici, le nom Hercule devient partie intégrante d’un jeu de mots, tandis que la référence à Terminator s'intègre plus facilement dans la phrase en français.

Traduire l’humour consiste moins à transporter un sens d’une langue à une autre qu’à recréer son effet dans un nouvel espace culturel. Lorsque les blagues reposent sur les sonorités, les jeux de mots ou des références communes, la traduction directe s’effondre souvent, obligeant le traducteur à faire preuve de créativité plutôt qu’à simplement reproduire.